Stress : Darcos distribue des cartons rouges aux entreprises

Publié le par Solidaires assurance

Le ministre du Travail avait demandé aux grandes entreprises d'ouvrir le dossier du stress avant le 1 er  février. Sur les 1.549 recensées par le gouvernement, seules 293 ont conclu un accord ou un plan d'action et 514 autres sont en cours.




La menace d'un opprobre médiatique n'a manifestement pas assez effrayé les entreprises de plus de 1.000 salariés auxquelles Xavier Darcos avait demandé d'ouvrir le dossier du stress au travail avant le 1 er février. Selon le premier palmarès publié hier sur le site travailler-mieux.gouv.fr, seuls 293 des 1.459 employeurs concernés ont été au bout de la démarche et sont « listés en vert ». 514 autres (dont France Télécom, Total, etc.) sont classés orange, pour avoir engagé la négociation d'un accord ou des « discussions avec les représentants du personnel sur le projet de diagnostic et/ou de plan d'action ». 652 employeurs, soit 44,7 %, ont reçu un carton rouge (aucun ne figure dans le CAC 40).

S'inspirant de la méthode « name and shame », le ministre du Travail juge les résultats «  encourageants » en espérant que le mouvement va s'accélérer.  Il met en avant la proportion importante d'entreprises ayant engagé des actions parmi celles qui ont renvoyé le questionnaire du ministère, mais ne s'étend pas sur les 600 qui n'ont pas répondu. Un chiffre élevé sachant que les entreprises avaient reçu un rappel en janvier, et peuvent difficilement arguer d'un simple oubli. D'autant que le texte qu'il s'agissait de « décliner » est un accord interprofessionnel signé par la totalité des organisations patronales et syndicales le 2 juillet 2008.

On peut cependant s'interroger sur la valeur à attribuer au palmarès diffusé hier.  Certes, le Code du travail prévoit que « les employeurs prennent les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs », mais l'injonction de Xavier Darcos, si elle reposait sur le fondement juridique de l'accord du 2 juillet, n'avait pas forcément valeur de contrainte légale puisque ni le texte paritaire ni la loi ne prévoient d'obligation explicite de négocier un accord ou d'élaborer un plan d'action sur le stress. Autre remarque sur ce palmarès : les critères d'obtention du satisfecit ne sont pas draconiens, loin s'en faut. Il faut avoir signé un accord de fond (quel que soit le fond) ou de méthode ou avoir engagé un « plan d'action concerté impliquant les organisations syndicales et/ou les représentants du personnel ».

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Une liste revue chaque mois

Le palmarès a en tout cas provoqué chez quelques entreprises des réactions rapides. Il a fait au moins un heureux : Coca-Cola, qui s'est félicité d'être classé vert… Et au moins un furieux : Picard, qui a dénoncé son classement en rouge, alors qu'elle « prend en compte depuis longtemps le bien-être au travail […] loin des effets d'annonce », tout en précisant démarrer ses négociations en mars. Même discours, chez GSK. C'est la preuve que la liste fait du « buzz ». Elle a vocation à être révisée tous les mois.  La deuxième édition sera riche d'enseignements sur son impact sur le comportement des entreprises, mais il restera à démontrer que les dispositions prises relèvent d'autre chose que d'un simple affichage.

LEÏLA DE COMARMOND

Publié dans Lu pour vous

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